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Le violon ensorcelé

 
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Coconut
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MessagePosté le: Lun 22 Déc - 18:37 (2014)    Sujet du message: Le violon ensorcelé Répondre en citant

Hey tout le monde !

J'avais envie de vous présenter un petit conte qui m'a trotté dans la tête pendant plusieurs années.
- Comment ?! Il n'est pas de toi Coconut ?!
- Laissez moi vous expliquer...
Voilà l'histoire : je l'ai lu quand j'étais toute petite, et il m'a vraiment marquée, mais je n'ai jamais réussi à le retrouver. J'ai eu beau chercher dans tous les livres de conte que j'avais, taper des mots clés sur internet, fouiller la médiathèque, je n'ai pas remis la main dessus. Malgré tout, l'histoire était vraiment très bien dans mes souvenirs, alors, je l'ai ré-écrite à partir de ceux-ci cet été (je cherchais aussi un conte sympa à raconter à ma petite sœur, mais sans succès en fait ^^').
Autrement dit, les mots que vous allez lire sont les miens, mais le "scénario" n'est pas de moi (même si je me souvenais très peu de celui-ci en fait ; d'ailleurs si vous connaissez l'histoire ou que vous voulez savoir ce que j'ai ajouté, n'hésitez pas à me demander Wink ). Le côté dark présent à la base me plaisait vraiment, et je pense que c'est aussi pour ça que j'ai décidé de reprendre ce conte, j'y tenais (je l'ai d'ailleurs pas mal renforcé). Vous allez peut-être également reconnaître une référence à un poème de Guillaume Apollinaire que j'aime beaucoup, mais je n'en dis pas plus...
[Je précise que je sais que le nom est pourri, je n'y ai pas réfléchi en fait, c'est plus un code pour me repérer dans mes dossiers, mais ne le prenez pas trop en compte.]


LE VIOLON ENSORCELÉ


Il était une fois, en Bretagne, deux frères unis comme les doigts de la main. Malgré le fait qu’ils aient perdu leurs parents, ils vivaient ensemble en harmonie, dans une jolie maison en pierre aux volets bleus, sur la côte. Le plus vieux était très sage, grand, brun, et avait des yeux couleur noisette, tandis que l’autre était son opposé : turbulent, petit, blond, avec de grands yeux bleus et rêveurs. Cependant, les deux jeunes gens partageaient une même passion : la musique. En effet, le grand frère jouait merveilleusement bien du violon, et que le plus jeune s’y exerçait avec autant de persévérance, même s’il débutait seulement. Ainsi, leur maisonnette était toujours joyeuse et ouverte aux visiteurs, qui venaient de loin pour écouter le grand frère jouer du violon, et regarder le plus jeune danser, les yeux brillants de son rêve de jouer un jour aussi bien que son frère. D’ailleurs, il était prêt à tout pour le réaliser, ce rêve, il voulait réussir lui aussi, il voulait que ses parents soient fiers de lui, où qu’ils soient. Et puis, il restait en vérité un peu jaloux de celui qui s’occupait de lui, car il avait un véritable don, alors que lui sentait que le sien était moindre. Il devait progresser, toujours et encore, pour réussir, même s’il ne montrait pas cette partie impatiente de son caractère à son frère car il l’admirait...
On dit toujours que le bonheur est éphémère, et celui des deux garçons se trouva un jour menacé. En effet, un matin, alors que le grand-frère jouait, celui-ci chuta. En tombant par terre, il se fit très mal, et une des cordes de son violon cassa net sous le choc. Alité et, surtout, sans pouvoir jouer, il était extrêmement malheureux, si bien que son petit frère lui proposa courageusement d’aller jusqu’à la ville la plus proche pour faire réparer le violon. Le grand accepta, mais le mit tout de même en garde, car, comme chacun sait, les korrigans rodent sur la lande autour de la ville le soir venu, et ils aiment faire danser jusqu’à l’épuisement les voyageurs égarés. Le plus jeune lui promis qu’il serait prudent, et partit.
Après avoir traversé la lande, Briag arriva en ville. Il trouva sans peine l’échoppe d’un musicien qui se faisait une joie de réparer les instruments cassés. Comme il n’y avait qu’une corde à changer, sa visite fut brève, si bien que le jeune homme décida -plutôt que de passer la nuit en ville et de rentrer le lendemain comme il devait le faire au départ- de partir tout de suite, et de faire une surprise à son frère en étant de retour rapidement.
Briag quitta la ville dont les portes se fermaient, l’étui de l’instrument sur le dos. La lune commençait à se lever derrière les nuages, et un vent frais se faisait sentir. Il frissonnait, à cause du froid. Ou peut-être était-ce à cause de la peur... Les mots de son frère résonnaient dans sa tête, il les tournait et retournait, et il commençait à regretter de ne pas être resté pour passer la nuit en sécurité. Mais sa volonté était tout de même plus forte, et l’envie de voir un sourire se dessiner sur le visage de celui qui était sa seule famille était, elle aussi, tellement grande, qu’il accéléra, tenant son manteau d’une main et remontant l’étui de l’autre.
Alors que le garçon avançait, tête baissée, des éclats de rire se firent entendre au loin. Il n’y fit tout d’abord pas attention et rajusta son col, mais bien vite, le silence se déchira, et une chanson aux notes guillerettes le remplaça. Briag sursauta ; une voix sur sa droite venait de l’interpeller.
« -Oui, toi là ! Eh bien, ne soit pas timide ! Tu sais qui nous sommes...
-Oui, oui, v
ous êtes des korrigans, répondit Briag, tout penaud, en regardant les petits êtres qui se trémoussaient autour d’un feu en chantant. Que me voulez-vous ? Je suis pressé, mon frère m’attend, et...
-Calme-toi, fit le korrigan. Mes amis et moi, nous nous lassons un peu de chanter a capella, nous aimerions, que toi et ton violon, vous nous accompagniez. »
Le jeune homme, qui savait bien qu’il était inutile de discuter, sortit le violon de son frère, et bien qu’il soit un peu trop grand pour lui, se mit à en jouer. Les korrigans firent en ronde autour du feu, et accompagnèrent Briag de leurs voix enfantines. Celui-ci joua jusqu’au matin sans fatiguer, espérant que sa prestation ne serait pas jugée trop médiocre. Enfin, lorsque le soleil se leva, le korrigan qui l’avait abordé la première fois se dirigea vers lui, et lui demanda de l’écouter.
« Mes amis et moi nous sommes bien amusés. Tu n’es encore qu’un débutant, mais tu nous es sympathique, nous allons donc te laisser partir avec un cadeau. »
Ces paroles pleines d’humour résonnaient comme des moqueries dans l’oreille de Briag : enfin, il avait fait danser ces korrigans, et celui-ci osait se plaindre ?! Certes, il ne jouait pas aussi bien que son frère, mais il avait un rêve, et comptait le réaliser ! Alors, pour prendre celui qui avait osé l’insulter à son propre jeu et pour être enfin heureux, il prononça les mots suivants : « Je souhaite jouer du violon merveilleusement bien. Si bien, que tous les gens des alentours qui l’entendront seront obligés de danser ! ». Le korrigan sourit alors, d’un sourire carnassier, et s’écria « Marché conclu ! ».
Lorsqu’il arriva chez lui le midi, Briag retrouva son frère. Celui-ci commençait à être un peu inquiet, et presque entièrement rétabli de sa chute, il l’attendait sur le pas de la porte. « Tu es en retard, je me suis inquiété pour toi, s’exclama t-il en le voyant revenir. Merci beaucoup d’avoir emmené mon violon à la ville, tu es devenu sage et généreux. ». « Non, je ne le suis pas. » pensa Briag, mais il ne dit rien de son aventure avec les korrigans. Il proposa à son frère de lui jouer du violon pour le distraire, bien qu’il veuille surtout tester le don conféré par les êtres de la lande. Lorsqu’il tint enfin son instrument dans une main, et son archet de l’autre, il sentit un sentiment de puissance monter en lui. Il joua. Son frère dansa. Enchaînant les morceaux, Briag cessait de faire attention à ce qui l’entourait, les notes se succédaient, plus belles les unes que les autres. La musique était une peinture, une peinture de vie, une peinture d’espoir. Le jeune homme sentait sa famille enfin fière, ses parents autour de lui, ils vivaient dans ses souvenirs, et ses souvenirs se changeaient en portées sur lesquelles il écrivait un avenir nouveau et radieux pour eux.
Hélas, lorsqu’il arrêta de jouer et tourna la tête, il se rendit compte que ses parents étaient véritablement là. En un instant, le ciel se peupla d'une apocalypse. Des squelettes l’entouraient, et il compris que le korrigan l’avait trompé : lorsqu’il lui avait demandé de faire en sorte que tous les gens qui l’entendraient jouer se mettent à danser, le petit être lui avait donné ce pouvoir, et, les morts du cimetière voisin, qui avaient entendu la musique, s’étaient réveillés, et étaient venus s’égayer dans la maison. Les yeux de Briag s’agrandirent de terreur : les os de ses parents étaient montés les uns sur les autres, organisés comme ceux d’un être humain, mais leur orbites creuses, leur absence d’existence enfin, les rendaient plus effrayants que jamais. Toute sa famille décédée était là, respirant la poussière et la mort. Et elle le regardait. Arrêter de jouer ne ferait pas retourner les squelettes dans leur tombe, ils tapaient même dans leurs mains, il en demandaient encore, se rapprochant dangereusement du jeune homme sans que celui-ci sache ce qu’ils allaient lui faire, et préférant l’ignorer. Il se remit à jouer.
De son côté, Alan, le frère, avait senti la mauvaise magie qui se dégageait du violon à l’instant où les notes avaient commencé à s’en échapper. Il avait vu les morts arriver, et il avait vu le visage de son frère se décomposer. Sa seule famille. Il devait arranger les choses. Tandis que Briag continuait à jouer, il s’éloigna vers la lande, sans pouvoir s’empêcher de danser toutefois. Il savait où il devait aller, il savait qui il devait trouver. Il appela les korrigans, et celui qui avait abordé son frère la veille au soir vint à sa rencontre.
« -Tu viens pour ton frère, n’est-ce pas ? Hinhinhin, il n’a eu que ce qu’il méritait ! Il était jaloux de toi et tu ne lui en veux pas ? Il a voulu avoir un don pour être le meilleur, il a été bien récompensé ! Hahaha..., ricana le korrigan.
-C’est mon frère, ma seule famille, expliqua Alan. Il existe toujours une solution pour arranger les choses, et vous la connaissez, non ? Demanda t-il à celui qui le regardait avec des yeux rieurs.
-Exact mon grand, il existe un moyen d’en finir avec tout cela, affirma l’interlocuteur. Écoute-moi bien... »
Alan rentra chez lui, et il retrouva Briag, qui n’en pouvait plus de jouer, épuisé par la magie du violon. Il lui confia ce que le korrigan lui avait raconté plus tôt. Briag soupira, et continua de jouer. Mais en marchant cette fois. Il se dirigeait vers le cimetière de la ville, un cortège de morts sur ses talons. Malgré sa fatigue, il avança jusqu’à la grille, et l’ouvrit. Puis il s’arrêta de jouer, et tendit la main. Alors, les morts avancèrent à la queue leu leu pour entrer dans le cimetière. Et à chaque fois que l’un d’eux franchissait la porte, il remettait une pièce à Briag pour le remercier de sa prestation. Alan vit avec effroi la prédiction du korrigan se réaliser : à chaque pièce, son frère vieillissait un peu plus. Des rides commencèrent à couvrir ses joues, ses paupières s’affaissèrent, son sourire disparut, des plis se formèrent sur ses mains... En quelques minutes, il vit le jeune garçon aux cheveux d’or dont il était si proche devenir un vieillard maigre et disloqué. Briag s’éloignait de lui, petit à petit, il partait ailleurs, pour ne plus jamais en revenir... Les dernières pièces d’or étaient celles données par les parents des deux garçons. Alors que le jeune frère était devenu un squelette, comme les autres, ceux-ci lui prirent chacun une main, et l’emmenèrent vers la tombe du fond du cimetière. La tombe qui était la sienne. Alan n’avait pas le droit de le suivre, selon les ordres du korrigan. Il regarda celui qui le quittait un peu plus à chaque instant soulever la dalle de pierre sur laquelle son nom était gravé, et se glisser dessous. Il eut à peine le temps d’esquisser un vague geste d’adieu de sa main... Briag n’existait plus.
Alan ramassa son violon, referma la grille du cimetière, et marcha dans la lande. Il revint chez lui, et regarda une dernière fois la maison en pierre avec ses volets bleus. Elle resterait désormais vide pour toujours. Après le décès de toute la famille qui vivait à l’intérieur, plus personne n’en voudrait. Caressant le violon, il alla lentement vers la falaise. Le vent chatouillait son visage en jouant avec ses longs cheveux bruns. Il sourit, puis une larme salée coula sur sa joue. Serrant le violon contre son cœur, il s’approcha du bord et se jeta dans la mer avec un cri rauque.


FIN
   
       
Et les korrigans dansent toujours sur la lande.   
   
       

***********************
"Le fait que tu sois paranoïaque ne signifie pas qu’ils ne sont pas après toi" (Kurt Cobain)


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MessagePosté le: Lun 22 Déc - 18:37 (2014)    Sujet du message: Publicité

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